Allemagne – Net ralentissement de l’activité en 2012 – Contraction du PIB au 4ème trimestre

En 2012, la croissance allemande a été de 0.9% en données corrigées des jours ouvrables (0.7% en données bruts non corrigées). Ce chiffre est plus faible que la moyenne historique de 1.3% constaté depuis 1992. Le graphe ci-dessous reprend la croissance annuelle allemande depuis la réunification.

Allemagne-2012-Year-PIB

On observe bien sur le graphe la dynamique de l’économie allemande via la rupture à la baisse des exportations en 2008 et 2009 puis la reprise brutale et forte du commerce mondial en 2010 et 2011. En 2012 la dynamique des exportations a été moins vive car la progression du commerce mondial a été moins rapide. La contribution un peu plus forte du commerce extérieur vient du ralentissement des importations.

Pour être compatible avec les données trimestrielles, ce chiffre annuel repose sur une contraction rapide du PIB au dernier trimestre. Sur les données existantes, le repli est de -0.4% (-2 % annualisé), selon Reuters le chiffre est de -0.5% en raison des changements non encore publiés sur les trois premiers trimestres. Cela conforte l’idée d’un repli compris entre -0.4 et -0.6% du PIB de la zone Euro au 4ème trimestre évoqué dans le post précédent sur la production industrielle en zone Euro

.En me fondant sur les chiffres déjà publiés l’acquis pour 2013 est négatif à -0.1%. L’économie allemande ne bénéficiera pas d‘une reprise rapide du commerce extérieur en 2013, au moins au début. Dès lors le rebond de l’activité passera par une amélioration de la demande interne. Il faudrait pour cela que les entreprises deviennent plus optimistes en retrouvant l’envie d’investir. Sur les 4 derniers trimestres disponibles, l’investissement productif recule. C’est ce facteur qu’il faudra surveiller car c’est celui qui oriente l’allure du cycle économique

Zone Euro – Recul de la Production Industrielle – Très préoccupant pour la croissance car le repli est général dans la zone

La production industrielle de la zone Euro a reculé de -0.35 % en novembre après un repli de 1% en octobre. Par rapport au 3ème trimestre, l’acquis à fin novembre pour le 4ème trimestre est de -2.46 % (non annualisé). Sur une base trimestrielle c’est le mouvement de repli le plus fort de 2012.

Ce repli de l’activité industrielle au dernier trimestre de 2012 s’observe dans les grands pays de la zone Euro. En Allemagne, l’acquis pour le 4ème trimestre à fin novembre est de -3%, il est de -1.6% en France, de -2.2 % en Italie et de -2.57 % en Espagne. Partout la dégradation s’est accélérée au cours des derniers mois.

Tableau-IPI-ZE-nov2012

Cette situation est directement observable sur le 1er graphique. J’ai mis les indicateurs en base 100 au premier semestre 2008. Les niveaux d’indices sont toujours très inférieurs à ceux observés avant la récession de 2008/2009 y compris en Allemagne. En regardant les courbes on constate une rupture à la fin de l’été sur l’ensemble des séries. L’embellie du début d’été n’a pas fait long feu.

Force de constater que les indicateurs italien et espagnol plongent de façon significative. L’Espagne est très en-dessous du niveau constaté lors de la récession de 2008/2009 et l’Italie converge rapidement vers ce niveau qui était 25 % en-dessous du niveau d’avant crise. Les questions espagnoles et italiennes ne sont pas résolues du tout. C’est pour cela que ces deux pays devront se résoudre à demander de l’aide à la BCE.Après d’importantes baisses en Septembre pour la France et Septembre et Octobre pour l’Allemagne on constate une stabilisation de l’activité à un faible niveau. En France la production industrielle est toujours 13 % en-dessous du niveau du premier semestre 2008.

ZE-2012-NOV-ipi

Le 2ème graphique qui met en regard la production de la zone Euro en variation sur 3 mois et le ratio Nouvelles Commandes sur Stocks de l’enquête PMI/Markit suggère que les commandes ne sont pas encore suffisamment robustes pour imaginer un rebond fort et durable de la production industrielle. N’imaginons donc pas que la tendance de l’activité va s’inverser très vite. Tant que les nouvelles commandes ne repartiront pas à la hausse il ne pourra y avoir de rebond rapide de la croissance. Les politiques d’austérité ne vont clairement pas aidées puisqu’une politique d’austérité aboutit à réduire, directement ou indirectement, la demande c’est-à-dire les commandes.

ZE-2012-november-ipiRatiocomm

Le dernier graphe montre la cohérence entre l’évolution du PIB, en variation trimestrielle,  et la production industrielle sur une référence trimestrielle (moyenne par trimestre des données mensuelles).  Il ne serait pas incohérent de voir le PIB reculer de -0.4 à -0.6 % soit entre 1.6 % et -2.4 % en taux annualisé.

ZE-2012-november-IPI-PIB

Le rapport publié la semaine dernière par l’INSEE, l’IFO et Istat suggérait un repli de -0.4% (-1.6% en taux annualisé) pour le T4.Si l’activité se replie de -0.4% en T4 alors sur l’année 2012 le repli est de -0.45% et l’acquis pour 2013 serait alors de -0.4 % Si l’activité se replie de -0.6% en T4, le PIB baisse de -0.5% n moyenne pour 2012 et l’acquis pour 2013 est de -0.5%.

L’année 2013 dans les deux cas démarre avec un handicap fort et durable

Allemagne – L’amélioration de l’indice IFO traduit un optimisme plus marqué

 L’indice IFO du mois de décembre est à nouveau à la hausse. C’est le 2ème mois consécutif de progression de cet indicateur après 6 mois de repli. Néanmoins l’indice moyen du T4 est inférieur à la moyenne du T3. En d’autres termes l’activité reste faible pour l’économie allemande vue à travers cet indicateur.Sur le premier graphe on note que la ligne est orientée vers la droite. Cela suggère une amélioration des anticipations. En revanche les indications relatives aux conditions courantes et qui se lisent sur l’axe de droite ne s’améliorent pas.

En d’autres termes, les situations courantes dans les différents secteurs sont perçues comme dégradées mais la composante anticipations à 6 mois s’améliore dans tous les secteurs.

Le graphique 2 montre les indices synthétiques sectoriels alors que le graphique 3 montre le profil des conditions courantes et le graphique 4 les anticipations par secteur.

On observe bien des différences marqués entre les graphes 3 et 4.

Les chefs d’entreprise allemands valorisent beaucoup la situation des 6 mois à venir. Cela peut paraitre paradoxale car les attentes vues avec d’autres indicateurs ne montrent pas de retournement de ce type. En outre il n’y a pas de différenciation entre les secteurs. Il y a une évolution à la hausse que cela concerne le marché interne (distribution construction) que le marché externe (manufacturier). Les allemands pensent que la dynamique de reprise de l’activité pourrait se dessiner au cours des prochains mois.

 Le rebond de l’indice reste modéré pour l’instant. Cela permet d’imaginer qu’il n’y a pas de rupture sur l’activité allemande. C’est positif mais pour l’instant on ne peut aller plus loin en raison de la dégradation continue des conditions courantes. C’est un facteur qui pourrait peser à court terme et être plus contraignant sur la dynamique de l’emploi. Or ce point va rester un enjeu en raison des élections générales de septembre prochain.

Dynamique Interne Fragile en Zone Euro

Le premier graphe ci-dessous montre l’évolution comparée du PIB, de la demande interne hors stocks et de la demande interne privée (demande interne moins dépenses gouvernementales)
Pour l’ensemble de la zone Euro ces 3 indicateurs sont en recul. Recul par rapport au niveau observé avant la crise de 2008, recul également depuis un point haut observé durant l’année 2011.

Le PIB est sur une tendance négative depuis l’été 2011. Depuis le T3 2011 il recule en effet de -0.3%.
La demande interne (consommation des ménages + investissement + dépenses gouvernementales) est en baisse depuis le point haut du premier trimestre 2011. Elle se replie de -1.9% depuis.
La demande interne privée a aussi touché un point haut local au premier trimestre 2011 mais est en baisse depuis de -2.3%.

A travers ce graphe on perçoit la situation très préoccupante du secteur privé. Ni la consommation des ménages, ni l’investissement n’adoptent de trajectoire positive. L’adoption de stratégie très restrictive en Italie, en Espagne ou encore au Portugal a incité le consommateur à être attentiste en raison de la baisse de son revenu après impôt.
En raison de la trajectoire faiblement positive ou négative de son revenu après impôt il n’a pas été incité à dépenser davantage. Sa demande réduite a pesé sur l’activité et sur l’emploi renforçant ce mécanisme restrictif.

Les entreprises face à cette situation médiocre ont été hésitante pour investir (le principal ressort de l’investissement des entreprises est la demande anticipée). Elles l’ont été d’autant plus que le cadre institutionnel de la zone Euro n’apparaissait pas stabilisé (l’incertitude incite à reporter dans le temps le moment de l’investissement afin de le faire à bon escient)

Dans le graphe, les politiques d’austérité ont tendance à pousser vers le bas la courbe violette et la courbe bleue. La demande privée se replie pour les raisons évoquées pour le consommateur et l’entreprise. La demande interne est pénalisée par cette composante plus une dynamique limité des dépenses gouvernementales.

Or la seule question qui vaille est de savoir comment les trajectoires de celles-ci pourront être inversée rapidement. Si l’on s’imagine que faire reculer davantage ces deux courbes aura un caractère salvateur (la fameuse purge souvent évoquée) c’est ne pas imaginer que ce repli s’accompagnera d’un chômage encore plus important et d’un risque d’instabilité plus fort. On sait que ces derniers éléments ne sont pas linéaires. Il y a généralement des effets de seuil qui déclenchent une dégradation rapide.

La question pour 2013 est de savoir ce qui va changer dans la zone Euro pour modifier durablement la trajectoire de ces courbes ? C’est la seule question importante.
La probable stabilité institutionnelle plus marquée sera un élément important même si le retard pris sur l’Union bancaire pèsera sur ce cadre l’année prochaine.
La réduction des déficits publics soit en réduisant les dépenses de l’Etat soit en augmentant la fiscalité ne permettront pas de réduire la prudence des acteurs économiques. Souvent, c’était la stratégie de Cameron au Royaume Uni, il est imaginé que la stratégie rigoureuse de l’Etat permettra d’infléchir le comportement du consommateur et de l’entreprise en le rassurant sur le comportement et les engagements pris par l’Etat. Généralement et empiriquement cela ne marche pas.
Il faut donc trouver des solutions institutionnelles plus rapidement et ne pas vouloir réduire trop vite les déficits publics.
Parce que le problème pour 2013 est que l’on ne pourra pas compter sur une impulsion très robuste du reste du monde qui nous permettrait de modifier durablement notre trajectoire d’activité. Ni les USA ni la Chine ne créeront une impulsion suffisamment robuste pour modifier le profil de l’économie de la zone Euro. Dès lors si l’on adopte tous des comportements restrictifs il ne sera pas possible d’imaginer retrouver rapidement de la croissance.

Le deuxième graphique est celui des Etats-Unis. La dynamique n’y a rien à voir. La demande interne est relativement robuste. Elle l’est moins que dans les sorties de récession passées mais elle engendre une croissance plus stable et davantage d’emplois qu’en zone Euro. Le déficit public américain était à 7% du PIB sur l’année fiscale 2011/2012 bien au-delà du chiffre de la zone Euro.
Question : la comparaison entre les deux zones/pays oblige à se poser la question simple suivante : Si je dois investir (construire une usine par exemple) ou vais-je aller ? La réponse est simple sauf à changer de stratégie en Europe.

20121217-103631.jpg

20121217-104120.jpg

<;a